L’âme idéale
Alice Vial, France, 2025o
Elsa, a doctor, hides from the world the fact that she can see the dead and help them cross to the other side. Convinced that her gift leads to rejection, she has given up on love, retreating into solitude and her work. That is, until she meets Oscar - a dead man who doesn’t know he’s dead.
Après Eat The Night, la ville du Havre sert à nouveau de décor à une histoire d’amour impossible. Là où deux hommes s’étaient aimés avant d’être rattrapés par un engrenage de vengeance entre bandes rivales, une médecin enchaîne les rencontres malheureuses. Si la ville portuaire ne porte décidément pas chance aux amoureux, le cinéma s’y trouve plutôt bien. Mélodrame de facture classique, le premier long-métrage d’Alice Vial surprend par le virage que prend son récit dès la séquence d’exposition. On y découvre une jeune femme, Elsa, rencontrant les parents de son petit ami. Alors que chacun des hôtes est en proie à une gêne polie, le tumulte émotionnel de la médecin, qui essaie de répondre aux questions du père sur ses goûts musicaux, s’accentue au moment où une défunte lui apparaît. Il s’agit de la sœur de son compagnon, dont le spectre est resté coincé dans l’appartement familial à la suite de son suicide. L’apéritif faussement décontracté bascule alors dans une autre dimension, et la relation entre Elsa et son conjoint ne survivra pas aux révélations de la médecin sur le sort post-mortem de la défunte. Pauvre Elsa: ce n'est pas la première fois qu'un amant la quitte après avoir découvert son pouvoir à entrer en contact avec les âmes de trépassé·es. Mais la chance lui sourit lorsqu’elle fait la connaissance, deux ans plus tard, d’un musicien en devenir, Oscar, témoin de son accident de scooter. La jeune femme doit toutefois vite se rendre à l’évidence: l’homme dont elle est en train de tomber amoureuse est invisible au commun des mortel; il s’agit d’un défunt. À la fois une histoire de coup de foudre et de deuil, L’âme idéale trouve un bel équilibre dans l’alternance entre des moments de complicité entre les deux personnages et leur perception par l’entourage d’Elsa, aux yeux duquel la jeune femme parle toute seule quand elle s’adresse à Oscar. En découle un film qui tord discrètement le cou aux idées reçues: l’amour ne rend pas aveugle, mais voyant.
Emilien Gür
